Appel à communication pour le colloque Res per nomen 2

 

Le premier colloque Res per nomen, qui s'est tenu à Reims en mai 2007, a accueilli des intervenants en provenance d'une douzaine de pays, qui ont exploré la relation entre langue et réalité et confronté leurs points de vue. Les théories les plus diverses furent représentées, depuis la philosophie antique jusqu'à la philosophie post-moderne, en passant par la philosophie médiévale, la phénoménologie, les doctrines cognitivistes et logicistes, la sémiotique de Peirce ou encore les arguments de Wittgenstein. Les contributions plutôt philosophiques ont exploré la question de la référence, essentiellement à partir de points de vue non-logicistes. Quant aux contributions plutôt linguistiques, elles ont souvent porté sur des questions de dénomination en relation avec la compréhension des phénomènes phraséologiques tels qu'ils apparaissent dans les corpus électroniques .

Res per nomen 2 entend approfondir l'étude de ces relations. La plupart des théories linguistiques posent implicitement l'existence d'une réalité qu'on peut décrire en termes logiques et/ou psychologiques. Le langage est ensuite tout naturellement perçu comme un encodage/décodage de cette réalité, ce qui produit une linguistique internaliste et individuelle. En somme, la langue fait sens parce que les choses dont nous parlons possèdent une existence, qu'elle soit intérieure ou extérieure, et nous nous comprenons parce que les contraintes du monde s'imposent à nous par l'intermédiaire d'universaux dont nous serions génétiquement équipés. La langue comme objet social est ainsi clairement une préoccupation secondaire, et dans la dépendance de conjectures déterministes assez téméraires, que d'aucuns n'hésitent pas à qualifier de métaphysiques.

Pourtant, on peut concevoir une autre approche de la langue, pour laquelle c'est la dénomination qui est l'objet essentiel de l'étude du langage, et non la relation langue / concept ou langage / réalité. Selon ce point de vue, l'existence des choses ne se révèle généralement à notre conscience que si elles sont nommées : ce sont les mots de la langue qui nous disent ce qui existe pour nous. En conséquence, les choses ne sont pas nommées à l'issue d'un processus d'encodage, elles nous sont données d'emblée grâce aux signes de la langue, et référence et dénomination sont étroitement liées. Ce point de vue permet d'aborder la langue comme un objet collectif, structurant pour l'individu, sans recourir à des hypothèses hasardeuses sur le contenu linguistique de notre génome, l'existence des universaux ou la nature logique de l'univers. La langue est ainsi tout naturellement externaliste et communautaire, et notre intercompréhension peut être appréhendée comme un phénomène anthropologique, au même titre que d'autres aspects de notre être collectif.

Nous souhaitons cette fois-ci explorer plus à fond les relations entre dénomination et référence, tant d'un point de vue philosophique que linguistique. On pourra par exemple étudier les dénominations des sentiments et de la perception afin de voir non pas comment les langues nomment des entités considérées comme préexistantes (ce qui est intuitivement la manière habituelle de faire), mais comment les sentiments et les perceptions sont dotés d'existence pour nous grâce aux dénominations. Cette discussion pourra s'appuyer sur divers courants philosophiques et linguistiques et pourra être illustrée par la comparaison entre les langues, l'analyse de corpus, des expériences d'imagerie cérébrale, et ainsi de suite.

On pourra peut-être aussi voir plus précisément ce qui, dans un énoncé, est de l'ordre de la dénomination et ce qui est de l'ordre du discours, notamment en ce qui concerne les unités phraséologiques. Cette distinction nous amènera tout naturellement à nous interroger sur la possibilité d'une grammaire sans règles, mais régulière. Qu'est-ce qui peut expliquer l'agencement des énoncés si on se refuse la facilité des contraintes formelles ? Là encore, la comparaison entre les langues pourra nous éclairer, de même que l'étude des corpus. Quel est le moteur de la création linguistique, et comment fonctionne-t-il ? Les neurosciences et la philosophie pourront certainement nous enrichir de leurs points de vue. Notons que les enjeux sont également technologiques : si les logiciels de traitement automatique des langues ne fonctionnent pas de manière satisfaisante, c'est peut-être parce que les hypothèses formelles sur lesquelles ils reposent, trop métaphysiques, ne correspondent pas à la réalité de notre être.

Tous les points de vue seront acceptés, y compris les points de vue critiques, à condition qu'ils se placent dans la thématique retenue.